Missions départementales

Forum « L’IA générative au service de la protection de l’enfance » par le CNDPF

Les 2 et 3 octobre 2025, notre service MJAGBF assistait au Forum sur l'IA générative organisé par le Carrefour National des Délégués aux Prestations Familiales. retour sur ces deux journées.

L’IA générative au service de la protection de l’enfance : enjeux, défis et opportunités pour les familles et les professionnels.

Les 2 et 3 octobre 2025, trois représentants du service MJAGBF (Mesure Judiciaire d’Aide à la Gestion du Budget Familial) de l’Udaf de la Drôme ont participé au colloque organisé à Limoges par le CNDPF – Carrefour National des Délégués aux Prestations Familiales. Lors de ces deux journées, plus de 200 participants – venus de l’ensemble des régions de France – ont pris le temps de s’informer et de s’interroger sur le thème : L’IA générative au service de la protection de l’enfance : enjeux, défis et opportunités pour les familles et les professionnels.

L’utilisation de l’IA générative questionne et soulève de profondes questions éthiques (craintes, remplacement du professionnel, perte de l’intelligence humaine, automatisation des tâches, manque de discernement…) et modifie nos pratiques.  Les nombreux intervenants ont pu apporter des éclairages nécessaires, et attendus par les professionnels pour que cet outil reste bien au service de l’humain.

« L’IA est comme un marteau, ce n’est ni bon ni mauvais, mais tout dépend de l’usage que nous en faisons. »

Aziz ESSADEC, maître de conférences en psychologie clinique.

L’IA, un assistant personnel ?

L’IA va modifier considérablement le quotidien de nos services, mais il faut pouvoir en garder la maîtrise pour éviter les dérives : quelles tâches acceptons-nous de déléguer à l’IA ? La réponse est très variable selon les utilisateurs. Mme Stéphanie HEMARIA-CLERC, docteure en sciences de gestion et chercheuse au Laboria, a rappelé aux participants : « Il faut que les services définissent les modalités d’usage de l’IA pour éviter un usage « sauvage » ».

À la question : Qui a déjà utilisé l’IA sans en avertir sa hiérarchie ? Un nombre important de participants ont levé la main, ce qui interpelle sur cet usage sans contrôle qui peut générer une « alimentation » de l’IA d’une multitude d’informations qui ne respectent pas l’anonymat des usagers.

M. Sylvain BUTHAUD, formateur consultant IA, décrit l’IA comme un assistant personnel, tout en rappelant la nécessité que cet outil soit bien cadré, bien contrôlé. Il propose des recommandations précises et notamment de se former collectivement à l’utilisation de cet outil, d’établir une charte d’utilisation qui définit un cadre juridique et éthique en lien avec nos pratiques. 

Il existe une multitude d’applicatifs d’IA : une autre recommandation préconisée par l’ensemble des intervenants est de prévoir un abonnement à une application – qui peut être payante – mais qui permet une utilisation plus sécurisée : « ne pas partager de données sensibles afin qu’elles ne soient pas exploitées par l’IA ».

« L’IA est un algorithme d’apprentissage et soumet à l’ordinateur une série de données à partir desquelles il va apprendre. »

Moustafa Zouinar – Publication en lien : Évolutions de l’intelligence artificielle : quels enjeux pour l’activité humaine et la relation Humain‑Machine au travail ? Activités, 2020, 17 (1)

Et vis-à-vis des personnes accompagnées ?

L’usage de l’IA pourrait optimiser des tâches énergivores et laisser ainsi davantage de temps pour accompagner les usagers. Toutefois, il nous a été rappelé qu’il faut utiliser l’IA que si nous sommes capables de vérifier ce qui est produit.

L’usager peut être tout à fait expert au même titre que le professionnel s’il cherche une information sur le net : « Vous, professionnel, vous me dites cela, mais moi voilà ce que j’ai vu dans mes propres recherches… ».

Cela va-t-il changer les rapports entre les professionnels – les sachants – et les usagers – ceux qui ne savent pas ? Cette question nous a été posée par Roland Janvier, chercheur en sciences sociales. En effet, cela va probablement faire évoluer et modifier nos modes de relations avec l’usager, mais ne remplacera pas le travailleur social dans sa fonction de préservation de la dimension humaine et la relation de confiance établi avec les personnes accompagnées.

La CNAPE est en cours de rédaction d’une note technique sur le positionnement du travailleur social, afin de proposer des recommandations pour que l’IA soit vraiment utilisée dans le respect des enfants et de leur famille sans porter atteinte à leurs droits.

En conclusion, l’IA est un outil au service de l’humain. 

Mais il faut être formé à son usage pour en comprendre les enjeux, les limites mais également identifier les opportunités pour les professionnels et les personnes accompagnées. Il faut définir en équipe un cadre juridique et éthique. Définir ensemble les tâches qui peuvent être déléguées à l’IA. Il faut également rapidement maîtriser l’outil pour ne pas se faire dépasser par des évolutions qui vont très vite.

Anne-Sophie Hebrard, chef de secteur AGBF/AESF-AEBJM/MASP/ASLL